Two Eyed Seeing (approche à double perspective)

À l’automne 2004, l’aîné micmac Albert Marshall a proposé le terme micmac « Etuaptmumk » (« Two Eyed Seeing » en anglais) pour aider à comprendre l’intégration des visions du monde autochtone et occidentale ou des formes de connaissance (Martin, D., 2012).

1159171_46084504_375

). Toutefois, il y d’autres façons de comprendre cette approche à double perspective, dont une reconnaît que la vision du monde et les connaissances autochtones intègrent l’esprit intuitif, holistique et métaphorique de l’hémisphère droit du cerveau et l’esprit analytique, réductif et linéaire de l’hémisphère gauche, tandis que la vision du monde et les connaissances occidentales reposent principalement sur les fonctions linéaires et analytiques de l’hémisphère gauche du cerveau. Dans ce cas, l’approche à double perspective fait référence à un état d’esprit qui repose sur une utilisation équilibrée des fonctions cérébrales des deux hémisphères1. On parle alors souvent d’une vision du monde globale. D’un point de vue autochtone, on définit cette vision comme une connaissance produite par le corps, l’esprit, le cœur et l’âme. Il semble que cette forme de connaissance autochtone « traditionnelle » a donné aux populations autochtones la capacité de percevoir une crise comme une possibilité d’épanouissement et de renforcement2. Ainsi, les populations autochtones étaient aptes à minimiser les effets négatifs des traumatismes.

Lorsque les Autochtones utilisaient une approche à double perspective dans le passé, ils faisaient face aux crises avec confiance, parce qu’ils étaient en mesure de gérer les crises, de s’épanouir dans leur foulée et de composer avec les traumatismes.

« La famille tribale (traditionnelle) continue de s’épanouir malgré tous les problèmes qui surviennent et elle a la capacité d’utiliser une crise comme une possibilité de croissance. La famille tribale (traditionnelle) a des habiletés d’adaptation et de résilience qui lui permettent de faire face aux crises et d’utiliser les découvertes issues de ces expériences pour devenir plus forte. Les problèmes sont perçus comme des défis et des possibilités d’apprentissage. Ces perceptions ont fourni aux Autochtones la capacité de survivre aux nombreux défis soulevés par l’environnement et les colons européens. Quel que soit le degré d’épuisement de leurs capacités, les Autochtones sont demeurés suffisamment forts pour survivre à des crises énormes au cours des cinq cents dernières années » (Connors et Maidman, 2001).

Les expériences de colonisation, qui ont compris les pensionnats indiens et se sont traduites par la perte du langage, de la culture, des enseignements, des croyances, des terres et de l’autodétermination, ont toutes contribué à un détachement progressif de l’approche à double perspective et ont affaibli la capacité de faire face aux crises et de composer avec elles, ce qui a laissé les gens vulnérables aux effets négatifs des crises. Aujourd’hui, une crise engendre souvent des événements traumatiques accrus qui entraînent des dommages physiques, mentaux, émotionnels et spirituels prolongés et intenses. De plus, la colonisation a affaibli les relations et les liens positifs au sein des familles et de la collectivité. Ces pertes ont également contribué à épuiser la capacité de composer avec les crises et les traumatismes. Les recherches occidentales courantes soutiennent les connaissances des Premières Nations en reconnaissant que les collectivités autochtones qui conservent et soutiennent les pratiques, les croyances, les valeurs culturelles traditionnelles et l’autodétermination sont moins sujettes à des crises et à des traumatismes et composent plus efficacement avec ces événements (Chandler et Lalonde, 2008, Levy, 1965, Westlake et May, 1986). En d’autres mots, l’approche à double perspective de la vie semble accroître la capacité de composer avec les crises et d’en bénéficier afin qu’il y ait moins de traumatismes et, s’ils se produisent, qu’ils soient moins susceptibles de produire des effets néfastes. De nos jours, cette capacité s’appelle la résilience. D’un point de vue autochtone, c’est l’approche à double perspective de la vie. Les aînés disent souvent que la culture autochtone est « un mode de vie » ou une façon de voir et de vivre.

La capacité d’avoir recours aux fonctions des deux hémisphères du cerveau d’une manière équilibrée, telle que décrite dans l’approche à double perspective, semble offrir les habiletés qui permettent la résilience.

D’un point de vue curatif ou thérapeutique, on peut encourager un tel comportement en utilisant des thérapies ou des pratiques de guérison qui visent le développement des deux hémisphères. Les pratiques occidentales et autochtones de thérapie et de guérison offrent toutes les deux des approches qui peuvent atteindre cet objectif. Toutefois, les effets de la colonisation sur les peuples des Premières Nations ont déplacé leurs visions du monde, ce qui donne qu’aujourd’hui, ces derniers ont des visions du monde qui vont d’une vision occidentale assimilée à une vision autochtone traditionnelle.
C’est pourquoi il faut utiliser des interventions thérapeutiques qui s’adressent aux deux hémisphères et qui correspondent à la vision du monde de la personne. Il est donc impératif que les thérapeutes et les guérisseurs évaluent la vision du monde de leurs clients et s’assurent que les pratiques thérapeutiques ou curatives offertes correspondent à leur vision du monde. Cela signifie que les pratiques curatives appropriées peuvent comprendre des thérapies occidentales, des pratiques autochtones traditionnelles ou une combinaison des deux. De nos jours, nous définissons ces pratiques comme étant culturellement adaptées ou culturellement compétentes. Les praticiens qui souhaitent devenir des guérisseurs efficaces au sein des collectivités inuites et celles des Premières Nations devraient s’inscrire à un programme de développement des compétences culturelles des Autochtones.

Pour résumer, les cultures autochtones traditionnelles contiennent les forces pour créer la capacité de composer efficacement avec les crises et les traumatismes.

« Malgré les nombreuses agressions commises contre les familles autochtones de l’Amérique du Nord au cours des cinq cents dernières années, les peuples autochtones ont survécu et [ils se rétablissent des répercussions de la colonisation]. Bien qu’il soit désolant que certaines Premières Nations n’aient pas survécu pour voir la présente période de guérison, le fait qu’il y a toujours tant de familles autochtones est un testament de la résilience et de la force de la famille tribale. De nos jours, bon nombre d’Autochtones commencent à se rendre compte que la plupart des forces qui ont permis notre survie résident dans nos cultures. Les façons de faire que les colonisateurs considéraient comme étant primitives et desquelles ils ont tenté de séparer les peuples autochtones contiennent les outils qui assureront probablement la survie de tous les peuples et de toute la création sur la planète. De nombreux Autochtones et non-Autochtones s’en rendent compte aujourd’hui. C’est pourquoi on observe aujourd’hui une forte résurgence de la culture et de la fierté autochtones. Les familles autochtones bouclent désormais la boucle pour redéfinir les principes de notre passé qui nous aideront à créer un avenir plus sain »

(Connors et Maidman, 2001)

Un des principes de base qui peuvent favoriser la guérison et le rétablissement est l’approche à double perspective. En apprenant de nouveau à utiliser les fonctions des deux hémisphères du cerveau d’une manière plus équilibrée, une personne rétablit sa résilience et en le faisant, elle récupère sa capacité de composer efficacement avec les crises et les traumatismes2. Pour résumer, la plus grande partie du travail de rétablissement que nous devons accomplir doit se faire à l’intérieur de nous-mêmes, en équilibre avec ce que les autres peuvent nous offrir. Certains Autochtones définissent ce travail comme un processus de décolonisation ou de récupération de la plus grande partie de ce nous avons perdu.

Les aînés nous rappellent souvent que « le Créateur nous a donné tout ce dont nous avons besoin pour vivre de bonnes vies. Nous devons seulement nous occuper de ces dons et bien les utiliser pour notre bénéfice et celui de toute la création ».

Contributed by Dr. Ed Connors.

x1Dans son livre My Stroke of Insight, Jill Bolte Taylor propose un aperçu utile du phénomène.
x2Dans son livre Dancing With A Ghost – Exploring Indian Reality, Rupert Ross propose un aperçu utile de la vision du monde autochtone.

Begin your path to recovery at Trauma Recovery

© 2017 Manitoba Trauma Informed Education & Resource Centre | Créé par Klinic |