Éléments du rétablissement

Au cœur de l’expérience d’un traumatisme, on trouve un état de détresse, un isolement et une perte de contrôle et de pouvoir. Les principes directeurs du rétablissement post-traumatique sont la restauration de la sécurité et de l’autonomisation. Le rétablissement ne signifie pas nécessairement l’absence complète d’effets post-traumatiques, mais de façon générale, il est marqué par la capacité de vivre dans le présent sans être entravé par les pensées et les sentiments du passé.

Dans le domaine du stress traumatique, on assiste à un vif débat : est-il nécessaire de réexaminer les souvenirs traumatiques pour guérir ou est-ce néfaste? Il s’agit évidemment d’une question personnelle. Bon nombre de personnes pensent qu’il peut être bénéfique de raconter à plusieurs reprises leurs expériences traumatisantes, tandis que d’autres croient que cela peut être destructeur pour leur bien-être.

Il est plus approprié de considérer que le rétablissement post-traumatique est un processus qui exige du temps et des étapes intentionnelles. La restauration de la sécurité est la première étape, et la plus importante, du rétablissement, que les détails du traumatisme soient exprimés ouvertement ou non.

Le Dr Pierre Janet a conçu un cadre de travail par étapes pour le rétablissement post-traumatique vers la fin des années 1800 et c’est la Dre Judith Herman qui l’a fait connaître davantage dans son ouvrage précurseur, Trauma and Recovery (1992):

SÉCURITÉ ET STABILISATION

Les personnes touchées par un traumatisme ont tendance à ne pas sentir en sécurité dans leur corps et dans leurs relations avec les autres. Retrouver un sentiment de sécurité peut exiger plusieurs jours ou semaines pour des personnes ayant vécu un traumatisme grave ou plusieurs mois pour les survivants d’une violence chronique. En aidant les personnes à cerner les aspects de leur vie qui doivent être stabilisés et les moyens d’y arriver, on les aide à s’orienter vers le rétablissement.

Par exemple:

  • une personne qui a subi un traumatisme peut avoir de la difficulté à maîtriser dans sa vie quotidienne des émotions complexes qu’elle peut ne pas associer directement au traumatisme
  • un fournisseur de services peut aider la personne à maîtriser ces émotions
  • les deux travaillent en équipe pour stabiliser les émotions afin que la personne traumatisée puisse progresser dans le processus de rétablissement; le processus exige du temps et varie selon les personnes
  • certaines personnes qui ont subi un traumatisme, en particulier un traumatisme complexe, peuvent se rendre compte que parler de leurs expériences est trop bouleversant sur le plan affectif et entrave leur stabilité pendant le processus de rétablissement

Comment peut-on évaluer si la personne ayant vécu un traumatisme est stable et en sécurité?

  • Est-ce que ses besoins de base en matière d’hébergement, de nourriture, de revenu et de relations de soutien sécuritaires sont satisfaits?
  • Est-ce que la personne prend soin d’elle-même et s’engage auprès des autres?
  • Est-elle en mesure d’accomplir les tâches nécessaires de la vie quotidienne (préparation des repas, lavage, travail, études, nettoyage, etc.)?
  • Lorsqu’elle est émotionnellement bouleversée, est-elle capable de se réconforter elle-même ou de demander à une autre personne de l’aider à se calmer?

SOUVENIR ET DEUIL

Le travail passe au traitement du traumatisme en l’exprimant verbalement et émotivement et en lui insufflant du sens. Ce processus est habituellement entrepris avec un conseiller ou un thérapeute dans le cadre d’une thérapie individuelle ou de groupe. Il n’est peut-être pas nécessaire ou requis de consacrer beaucoup de temps à cette étape. Il est toutefois nécessaire de continuer à s’occuper de la sécurité et de la stabilité. Veiller à la sécurité permet à la personne de franchir la présente étape d’une manière qui intègre l’histoire du traumatisme, au lieu de réagir au traumatisme par la lutte, la fuite ou le figement. Le rythme de travail et le choix du moment sont décisifs au cours de cette étape. Si la personne traumatisée devient rapidement dépassée et surchargée d’émotions lorsqu’elle parle des souvenirs de son traumatisme, il faut rétablir sa sécurité et sa stabilité avant qu’elle poursuive son récit. Il ne s’agit pas de « revivre » le traumatisme ni de raconter l’histoire en se détachant des émotions.

La présente étape comprend la tâche importante d’explorer et de pleurer les pertes associées au traumatisme et d’offrir à la personne l’espace pour vivre son chagrin et exprimer ses émotions.

RÉTABLISSEMENT DES LIENS ET INTÉGRATION

À cette étape, la personne qui pleuré la perte de son ancien soi doit désormais définir une nouvelle identité et bâtir un nouvel avenir. Cette tâche finale engage la personne à se redéfinir elle-même dans le contexte de relations constructives. Au cours du processus, le traumatisme n’est pas un principe de définition et d’organisation de la vie d’une personne. Il s’intègre dans l’histoire de la vie de la personne, mais il n’est plus le seul récit qui la définit.

À la troisième étape du rétablissement, la personne touchée par un traumatisme reconnaît les répercussions de la victimisation, mais elle est désormais prête d’adopter des mesures concrètes pour vivre une vie indépendante et autodéterminée.

Dans certains cas, les personnes qui ont subi un traumatisme découvrent une mission qui leur permet de continuer de guérir et de s’épanouir, telles que la communication avec les jeunes ou le mentorat des pairs. La résolution réussie des effets d’un traumatisme est un témoignage puissant de la résilience de l’esprit humain.

 

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