Deuil à la suite d’un homicide

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Le processus de deuil est très différent de celui du suicide lorsqu’un décès est le résultat d’un homicide. Cela est également vrai pour d’autres morts violentes, comme dans le cas de la guerre ou du terrorisme. La grande majorité des gens qui meurent de façon violente meurent seuls. Les survivants des victimes d’homicide se retrouvent non seulement avec la douleur de la perte, mais aussi avec un profond sentiment d’impuissance dû au fait de ne pas avoir pu protéger, sauver ou réconforter la personne aimée. Les personnes et les familles peuvent devenir piégées dans le traumatisme de leur perte si leur vie ne se définit plus que par la mort violente d’un être cher. Pendant que la réalité dévastatrice du meurtre tourne en boucle dans l’esprit des membres de la famille, elle fait souvent les manchettes dans les émissions d’information. Comme Rynearson (2001) le souligne, « lorsque la mort violente est considérée comme un acte criminel (terrorisme, homicide ou négligence criminelle), les médias, le médecin légiste, la police et le système judiciaire doivent annoncer publiquement le décès et entreprendre une enquête pour trouver et punir quiconque est responsable du décès. La répétition publique de l’histoire de la mort violente est très différente du respect du public pour la vie privée de la famille en répétant l’histoire d’une mort naturelle. Une fois que le décès a été déclaré criminel, le public et les médias exigent une reconstitution sous projecteurs du décès qui, dans certains cas, devient voyeuriste. La répétition publique de la reconstitution du décès peut aggraver l’état de détresse des amis et des membres de la famille de la personne décédée ».

Lorsque le décès est le résultat d’une mort naturelle en raison de la maladie ou du vieillissement, la plupart du temps, il existe un processus plus naturel de deuil qui peut inclure la possibilité d’être avec la personne mourante avant son décès afin de résoudre des problèmes qui perdurent, de lui dire adieu et de s’occuper de ses besoins immédiats pendant qu’elle se dirige vers la fin de sa vie. Ce processus engage souvent la présence des membres de la famille, des amis et des membres de la collectivité qui peuvent partager l’expérience.

À la suite de tels décès, les survivants endeuillés se réunissent afin de se réconforter mutuellement, d’offrir du soutien et de participer à des rituels qui honorent et célèbrent la vie de la personne décédée et marquent l’événement de son décès. Les flux et reflux du processus de deuil s’estompent avec le temps et finalement, ceux et celles qui restent trouvent des moyens de se souvenir de la vie de la personne décédée.

Étant donné que l’expérience de la perte d’un être cher en raison d’un homicide est vécue comme un événement traumatique, il existe une tendance naturelle à vouloir « éviter » l’événement ou à se « défendre » contre lui et cela peut interrompre le processus naturel de deuil. En présence d’une perte violente, le traumatisme de l’expérience entraîne le cerveau à fonctionner d’une manière qui rend difficile l’intégration (Siegal, dans Currier et Neimeyer, 2006). Il se peut aussi que plusieurs co-victimes deviennent si concentrées sur le décès de leur être cher et sur le mode du décès qu’elles luttent pour établir des liens avec la vie de l’être cher avant le décès ou développer une certaine relation avec celui-ci après son décès. Ces co-victimes deviennent essentiellement bloquées ou « figées » au moment du décès. Toute question ou tout souvenir mentionné à la co-victime au sujet de son être cher sera intégré dans l’histoire et les détails du décès.

Pendant très longtemps, il m’a semblé si éloigné de moi.
Je m’inquiétais du fait que je lui manquais et qu’il avait besoin de moi.
J’avais envie de le voir jusqu’à ce qu’une nuit, je rêve de lui.
Je me souviens que j’ai tendu la main pour toucher son visage,
que je l’ai tenu dans les mains pendant une longue période,
et j’ai su que j’avais été avec lui.
Le désir de le voir n’a pas semblé si intense après cela.

(~Mère d’un enfant assassiné)

Lorsque les co-victimes sont figées dans le décès de leur être cher, leur capacité de traverser les étapes naturelles du deuil et de la guérison est entravée et leur vie et leurs relations peuvent être affectées. C’est comme si la mort violente « venait de se produire », même avec le passage du temps, ce qui intensifie davantage la réaction au traumatisme.

Dans son livre Homicide: The Hidden Victims — A Guide for Professionals (1998), Deborah Spungen a discerné des thèmes communs et des réactions communes au meurtre d’un membre de la famille. Ce sont les suivants : isolement, chagrin, perte, choc, stress, colère, blâme (adressé tant à la victime qu’à soi-même), trahison, culpabilité, déni, besoin de vengeance et régression émotionnelle. Elle souligne également que l’expérience d’une mort violente perturbe le sentiment de sécurité et se manifeste souvent sous forme de culpabilité chez les parents d’un enfant assassiné.

Je sentais que si j’avais été là lorsqu’il est venu au monde,
j’aurais dû être avec lui lorsqu’il est parti.

(~Mère d’un fils assassiné.)

Pour un parent, l’expérience de la culpabilité, en lien avec l’incapacité d’assurer la sécurité de son enfant assassiné et avec la peur pour la sécurité des enfants qui restent, peut aussi interrompre le processus de deuil.

L’autre élément unique et complexe d’un décès par homicide est le fait que les statistiques montrent que les victimes d’homicide connaissaient la personne qui les a tuées. Selon les données de Statistique Canada, en 2011, 48 % des homicides ont été commis par « une connaissance ou un ami » de la victime. Dans 32 % des cas, c’était un membre de la famille (Statistique Canada, 2011). Par conséquent, la capacité des membres de la famille de se soutenir mutuellement peut varier selon leur exposition au meurtre et l’intimité de leur relation avec la victime et avec la personne qui a commis l’acte de violence.

De plus, la dynamique sous-jacente des diverses relations au sein de la famille et avec la victime d’homicide influencera aussi la façon dont le traumatisme de l’homicide sera traité. Cela peut être particulièrement difficile lorsque le meurtre a été le résultat de la violence familiale. Le thème du blâme imprègne souvent la famille, ainsi que les systèmes social, culturel et judiciaire. La question du blâme ne se limite pas aux meurtres qui ont été commis dans un contexte de violence familiale. Il est également prévalent dans des situations où la victime de meurtre a pu participer à un mode de vie à risque élevé qui est teinté de violence. La culpabilité et le blâme deviennent non seulement un élément de l’histoire du décès pour la famille, mais ils peuvent aussi être soulignés par le système de justice pénale, les médias et la collectivité.

Le point de vue du blâme sert aussi à marginaliser, isoler et à priver les co-victimes de leurs droits et peut-être à réaffirmer pour eux leur culpabilité dans le décès de leur être cher. Dans de nombreuses situations, les co-victimes peuvent ne pas être en mesure d’avoir accès à des services de soutien ou à une indemnisation si on a déterminé que leur être cher participait à un mode de vie criminel ou à risque élevé.

Étant donné l’expérience de stigmatisation et d’isolement qui peut accompagner les décès par homicide, il peut être utile pour les co-victimes de participer à des groupes de soutien avec d’autres personnes qui ont vécu une même perte. Un tel service thérapeutique offre une possibilité cruciale aux survivants de se réunir pour partager leur douleur unique avec d’autres personnes qui comprennent bien leur expérience. L’objectif d’un tel groupe serait d’aider les survivants à retrouver un sentiment de sécurité et d’éloignement de l’expérience du décès de leur être cher et de créer un environnement où les gens peuvent commémorer la mémoire vivante de la personne décédée. En établissant des liens avec d’autres survivants par le biais d’un processus thérapeutique de rétablissement, les personnes peuvent retrouver une image de leur être cher qui transcende la nature de son décès afin qu’elles puissent renouer avec leur propre vie.

Au lever du soleil et à son coucher,
nous nous souvenons d’eux;
dans le souffle du vent et la froideur de l’hiver,
nous nous souvenons d’eux;
dans l’ouverture des bourgeons et la chaleur de l’été,
nous nous souvenons d’eux;
dans le bruissement des feuilles et la beauté de l’automne,
nous nous souvenons d’eux;
au début de l’année et à sa fin,
nous nous souvenons d’eux;
Lorsque nous sommes fatigués et avons besoin de force,
nous nous souvenons d’eux;
Lorsque nous sommes perdus et avons la mort dans l’âme,
nous nous souvenons d’eux;
Lorsque nous sommes joyeux et désireux de partager,
nous nous souvenons d’eux;
Aussi longtemps que nous vivons, eux aussi vivent, car ils font désormais partie de nous,
comme nous nous souvenons d’eux.

(~Livre de prières juives)

Livres, publications et sites Web:

Homicide: The Hidden Victims A Guide for Professionals, Deborah Spungen

Retelling Violent Death, Edward Rynearson

A Grief Like no Other: Surviving the Violent Death of Someone You Love, Kathleen O’Hara

Homicide Survivors – Dealing with Grief (Prepared by the Canadian Resource Centre for Victims of Crime) http://crcvc.ca/docs/homsurv.pdf

Canadian Parents of Murdered Children and Survivors of Homicide Victims

http://www.cpomc.ca/survivor/homicide_grief.shtml

Victims of Violence http://www.victimsofviolence.on.ca/rev2/index.php?option=com_content&task=view&id=318&Itemid=66

Manitoba Organization for Victim Assistance (MOVA)

http://www.mova.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=48&Itemid=65
Références: 

Armour, Marilyn Peterson (2002). Experiences of Covictims of Homicide: Implications for Research and Practice. Trauma, Violence, & Abuse. Vol. 3, No. 2; April 2002. Pp: 109-124.

Currier, Joseph M., Holland, Jason M., & Neimeyer, Robert A. (2006). Sense-Making, Grief, and the Experience of Violent Loss: Toward a Mediational Model. Death Studies. 30: 403-428.

Rynearson, Edward K. Retelling Violent Death. (2001) Taylor & Francis: USA.

Spungen, Deborah (1998). Homicide: The Hidden Victims A Guide for Professionals. Sage Publications Inc: Thousand Oaks, California.

Statistics Canada. Homicide in Canada, 2011. Samuel Perreault. Component of Statistics Canada catalogue. No. 85-002-X. Released on December 4, 2012. Accessed website May 2013.  http://www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2012001/article/11738-eng.pdf

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